Un autre regard sur la crise

  • chien a lunettes

chien a lunettesPour infléchir ce que j’écrivais dans un précédent post, (On est jamais mieux desservi que par soi même !) il n’est pas tout à fait exact d’écrire qu’il n’y a plus de repères communs : il y a malgré tout des repères « quasi-communs » ! 

En fait, des repères plus objectivables (argent, biens matériels, consommation de services et loisirs, notoriété …) ont largement mis à mal  les repères subjectifs (valeurs , croyances, morales, attitudes de classe ou de caste…) :

 Là où les repères subjectifs se sont mis par le passé à être diviseurs au fur et à mesure de l’apparition successive des différents mèmes (systèmes de pensée, de culture, de priorisation de valeurs)  les repères matérialistes, boostés par les progrès technologiques et le développement de la consommation de masse depuis la seconde moitié du vingtième siècle,  sont devenus ces repères quasi-communs :  avec l’avènement de l’ère  du progrès technologique, de la rationalité scientifique et de la conquête du bien-être matériel et économique, le règne du matérialisme conquérant a tout d’abord supplanté celui des croyances et superstitions (magique, mythiques, religieuses,… ), mais  aujourd’hui force est de constater que le recul des repères subjectifs se doublant dorénavant de déséquilibres économiques majeurs, la crise que nous vivons concerne les deux domaines :

  • Crise économique, c’est une crise matérialiste du déséquilibre des flux : Pour faire simple, les excès des flux de richesse (la sphère financière est plutôt préoccupée d’un résultat chiffré en perpétuelle croissance que d’équilibres généraux) sont confrontés aux excès de pauvreté (qu’ils contribuent à engendrer) : crise sociale et crise politique sont alors les suites logiques de l’impuissance à réguler les flux d’une autre manière ..
  • Crise de sens, c’est une crise de déséquilibre des repères : Les repères objectifs  (le « Cela ») ayant pris le pas sur les repères subjectifs (le « JE » et  le « Nous »),  les excès du « cela » voient apparaître parallèlement les débordements du « JE » et du « Nous ». (qu’ils contribuent à engendrer). Les éléments subjectifs trop longtemps relégués semblent ainsi réclamer leur dû aux éléments « objectifs » devenus hypertrophiés !  (Je décrirais les mécanismes expliquant cela dans des prochains posts ou j’évoquerais les freins collectifs et les pièges des dynamiques individuelles).

 Depuis plus de 20 années , de plus en plus d’entreprises intègrent ces dimensions subjectives (du « Je » et du « Nous »)  à leur management, leur programme de formation, leurs critères de recrutement, … et à leur  marketing.  (Les institutions et organisations publiques, dont les structures de pilotage ont une culture administrative, sont le plus souvent à la traîne sur ce point.)

 Pour louable que soit ce progrès, signe de la prise de conscience de la nécessité d’un ré-équilibrage, force est de constater que ces efforts ne se mesurent pas toujours dans l’évolution au quotidien : Même dans les entreprises qui ont beaucoup investi dans ces domaines, (développement personnel, attitudes managériales, gestion du stress , etc …) les évolutions sont rarement à la hauteur des enjeux, et on constate que , replongés dans l’environnement quotidien et le jeu des logiques d’acteurs, les individus ré-adoptent souvent les fonctionnements générateurs de déséquilibres.

Que se passe-t-il donc ?

 Toute stratégie se voulant globale se doit de rétablir ce déséquilibre et revitaliser un usage pertinent et ajusté des valeurs du « Je » et du « Nous »  :   La mémétique nous est d’un précieux secours pour comprendre que la juxtaposition actuelle de systèmes de valeurs subjectives rend impossible la construction d’un sens communément partagé :  les conflits et oppositions entre systèmes de représentations et de valeurs se multiplient et s’enveniment (dont la teneur des  forums sur internet et les débats médiatiques sont une illustration navrante).

 On assiste ainsi massivement à des phénomènes régressifs, soit de violence verbale (ou physique)  soit de repli sur les valeurs de sa communauté (famille, parti, religion, ethnie, région, nation, mouvement militant … etc).   Ces phénomènes régressifs sont causés par un retour excessif et incontrôlé des dimensions du « Je  » et du « Nous » (émotions, croyances , valeurs, représentations …), qu’on a cherché à revivifier.

 L’individu s’est d’abord affranchi des carcans familiaux, sociaux, hiérarchiques; puis les ailes de l’égocentrisme se  sont déployées et le tissu social de délite, jusqu’à devenir une juxtaposition de liens individualistes. (Facebook, twitter sont des réseaux qui n’ont de sociaux que le nom : ce sont des réseaux d’individus, qui constituent des communautés, mais pas vraiment un tissu social).

 Nous sommes dans une période ou l’individuel et le collectif sont en crise , et en crue  :  Toute solution venant renforcer l’un ou l’autre de ces deux flux ne fera qu’implémenter la problématique. Toute solution cherchant à réduire l’un ou l’autre de ces deux flux sera sans effet, tant la force du vivant  dépasse la possibilité de le contrôler.

 Un ré-équilibrage durable ne passera donc pas par des stratégies de renfort ou de réduction : celles-ci conduiront immanquablement à des oscillations des individus et des systèmes entre les mèmes du premier palier.

 Le passage aux  mèmes de second palier est l’unique porte de sortie « par le haut » possible, et seules des stratégies d’harmonisation des divers flux et dimensions le permettront.

Diffusez, partagez ... les idées sont des armes de constuction massive !

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1 réponse

  1. 25 mai 2020

    […] concluais un précédent post  en écrivant qu’un ré-équilibrage durable ne pourrait pas passer par des stratégies […]

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